Supplique de la pierre

Qu’il est beau ce nom de « compagnon » : compagnon de route, de table, de chantier…
Seigneur tu es le compagnon sculpteur, et moi la pierre mal dégrossie.

Je revois ces flammes dévorant la flèche de Notre-Dame : jusque tard dans la nuit.
Jusques à quand, Seigneur, ces morts, ces malades, ce « confinement » qui n’en finit plus ?

Nos architectes du « vivre ensemble » réfléchissent déjà à l’après. Et ils ont raison. Mais tout va-t-il se décider entre « experts » ? c’est souvent à la base, sur le terrain, qu’on a les meilleures idées …
même si, à la base, on n’ose rien dire, on est plein de doutes, on se sent tout petit, indigne de discuter avec l’architecte ! L’ouvrier décide-t-il tout seul de sa place dans l’atelier ?

Et pourtant, voyez le chantier de Notre-Dame : qu’ils sont beaux ces grutiers, ces charpentiers, ces cordiers, tous ces ouvriers avec leur savoir-faire, leur amour du travail bien fait, leur esprit de corps ! Toute la science de ingénieurs, sans eux, resterait lettre morte.

Et puis il y a les éléments eux-mêmes : le bois, le métal, la pierre… pas si inertes qu’ils le paraissent.
Je ne suis qu’une pauvre pierre, Seigneur, mal équarrie, parfois nostalgique du cocon qu’était la carrière, mais toi tu sais, tu as prévu une place pour moi dans ce grand chantier. Aucune pierre n’est sans importance, on le voit bien à la manière dont les compagnons les déplacent, les nettoient, avec d’infinies précautions…

Un consensus s’effectue, on va changer la société… reste à trouver les moyens, y aller avec délicatesse, enlever l’ancien échafaudage sans faire crouler toute la structure. Quel défi Seigneur, mais l’énergie de l’homme, parfois tu le sais bien (tu l’as fait ainsi), croît en même temps que la taille du défi !
Pour cette rénovation, Seigneur, je veux être équarrie, polie, ciselée… et trouver la place que tu m’as réservée, me caler là où je serai le plus utile, peut-être dans les soubassements, peut-être plein Sud face au soleil, à Toi de voir Seigneur, moi je ne sais pas.

Aide moi à me laisser guider, façonner comme Toi, tu l’entends, et je ferai ma part…. tel le petit colibri de Pierre Rabhi. Ce sera ma joie, ma nourriture. L’homme ne vit pas seulement de pain.

Marie Toussaint